| La
Jaune et La rouge 1994 : L'ENVIRONNEMENT |
POUR
UNE ÉDUCATION À L'ENVIRONNEMENT !
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Dans le même temps, l'Agenda 21, arrêté à Rio, consacre deux chapitres au "Rôle des enfants et des jeunes dans la promotion d'un développement durable" et à la "Promotion de l'éducation, de la sensibilisation du public et de la formation".
Et pourtant l'éducation à l'environnement serait "dans les limbes" d'après le titre d'un journaliste du Monde.
La situation
En France, l'éducation à l'environnement trouve sa première reconnaissance officielle par la circulaire Education nationale du 23 août 1977. Celle-ci va engendrer une dynamique de recherches et d'actions. Elle va en effet autoriser la multiplication d'expériences éducatives plus anciennes mises au service d'une nouvelle prise de conscience sur les dangers encourus par la nature.Ses racines plongeaient dans le scoutisme et les mouvements d'éducation populaire. Tandis qu'un signal est donné par Jean Dorst - Avant que nature meure - et au plan international par le rapport public du club de Rome, les conférences de l'ONU à Stockholm (1972) et de l'UNESCO à Tbilissi (1977)
Grâce aux projets d'action éducative et aux classes de découverte, des initiatives riches ont vu le jour et se sont multipliées (2) . Un noyau de formateurs s'est constitué autour de l'échange de leurs expériences et d'une formalisation des objectifs et des pratiques.
Les programmes disciplinaires introduisent une part grandissante de notions concernant les équilibres naturels. Ils sensibilisent les élèves aux incidences des activités humaines. Les enseignements technologiques intègrent progressivement la lutte contre les nuisances du berceau à la tombe des produits. Les ministres de l'Education nationale et de l'Environnement eux-mêmes se saisissent du sujet.
La France est loin d'être seule dans ce mouvement. Bien d'autres pays industriels, notamment parmi nos voisins européens, font plus depuis plus longtemps (3) . Outre-Atlantique, la Tenesea Valley Authority, soutenue par des entreprises et de grandes fondations, constitue un réseau international de pôles de formation en Environmental Education.
Les acteurs
Les enseignantsLe consensus des parents, la polysémie du concept d'environnement, son manque de contenu éducatif officiel et son classement comme enseignement transversal offrent un champ où les collaborations les plus larges sont facilitées et souvent même attendues par les formateurs.
En éducation à l'environnement, le pédagogue peut, de nouveau, être celui qui conduit l'enfant vers l'extérieur. Pour reprendre les mots d'A. de Peretti, il peut y être pleinement un organisateur de situation d'apprentissage, c'est-à-dire un cadre essentiel à la Nation, comme il devra l'être dans l'école du troisième millénaire.(4)
Aujourd'hui les possibilités ouvertes par les projets d'établissement sont vastes. La diversité et la qualité des exemples en attestent. Ils témoignent de l'engagement de tous ceux qui participent à la communauté éducative : enseignants, mais également et parfois de façon essentielle membres du conseil d'administration des établissements. Ne doutons pas que les encouragements émanant des autorités de l'Education nationale ou de partenaires extérieurs à l'école multiplieront les initiatives.
Les élus locaux
Athis Mons aide sa Maison pour tous. En deux ans, un projet conduira des jeunes d'un travail d'enquête et de communication sur leur environnement immédiat, jusqu'à l'organisation d'une mission-découverte vers les îles tropicalesdu Venezuela.
Ces adolescents sauront-ils mettre cette expérience exceptionnelle au service d'une légitime ambition personnelle ? Sauront-ils la mettre au service de projets pour aider leurs camarades à porter leur regard au-delà des difficultés de leur banlieue ? Telle était en tout cas la volonté affichée par Marie-Noëlle Lieneman, maire de la ville.
Paris donne un bon exemple d'une politique qui se développe dans la durée et selon divers axes. Apportant un soutien global à la sensibilisation du public envers la nature et l'environnement, elle participe à l'élaboration d'outils d'éducation à l'environnement.
Dans le même temps, elle teste puis met en place progressivement diverses actions: en faveur des adolescents dans les centres d'animation jeunesse; en faveur des plus jeunes par l'attribution de label aux centres d'accueil en colonie de vacances; en faveur des classes de primaire.
Les élus locaux sont impliqués dans le défi éducatif. Ils ont déjà la charge des investissements et d'une partie des budgets de fonctionnement des établissements scolaires. Ils développent des politiques d'accueil et d'animation pour les jeunes générations.
Les collectivités locales peuvent jouer un rôle à la fois efficace et gratifiant en soutenant les initiatives d'éducation active à l'environnement. Il leur suffit souvent d'apporter leur caution et quelques aides à des opérations ou des structures capables d'identifier et d'encourager les projets de qualité.
Les responsables d'entreprises
La nature fait vendre. On assiste à la multiplication des opérations de communication autour du thème de la nature. Curieusement la traduction de cette préoccupation dénote parfois une telle distance vis-à-vis du locuteur qu'elle raisonne comme un lapsus ! Combien de publicités présentent des paysages si vides de toute trace humaine qu'elles contredisent inconsciemment toute possibilité de produits et tout acte d'achat ?
Heureusement tous les actes ne sont pas manqués et toutes les communications ne sont pas des stéréotypes. Les entreprises qui se veulent citoyennes portent leurs efforts vers des problèmes concrets et les difficultés que les gens rencontrent. Les exemples n'ont pas besoin d'être détaillés. On en connaît tous.
Il y a une place considérable pour les responsables d'entreprise ou d'établissements qui, sans volonté d'hégémonie, veulent associer ]'image de leur organisme à des oeuvres d'intérêt général et la réalisation d'actions de proximité.
Aux Etats-Unis, comparaison faite pour des populations équivalentes, les entreprises consacrent vingt fois plus aux actions de mécénat qu'en France (5). La fiscalité n'y est pas identique mais la référence à ]a Grande-Bretagne, aux Pays-Bas ou à l'Allemagne indiquerait la même tendance. Dans le domaine de la protection du patrimoine naturel et traditionnel il suffit de citer le National Trust et ses centaines de milliers d'adhérents et donateurs britanniques pour mesurer la distance qui nous sépare ce nos voisins.
Les enjeux
Il nous faut à présent éclairer les arguments d'un véritable effort en faveur d'une éducation à l'environnement.
Le développement durable
Notre planète est limitée. Nous avons entendu les cris d'alarme des scientifiques et des médias qui nous font craindre les trous dans la couche d'ozone, le réchauffement du climat, la disparition des espèces, la pollution des eaux douces et des océans, l'accumulation de déchets, le risque nucléaire pour des générations.
Face à ces grandes angoisses, les décisions significatives touchent les choix énergétiques, le développement de l'agriculture et des ressources alimentaires, les modes de consommation et de croissance, les solidarités intra et internationales.
Autant dire que s'il était question de mettre en oeuvre rapidement une part significative de ces mesures, I'unanimisme évoqué au début éclaterait et des oppositions majeures se dresseraient pour éviter les sacrifices douloureux. Aucun régime politique et a fortiori les démocraties ne peuvent envisager d'imposer aujourd'hui de telles décisions.
En présence de ces enjeux massifs et de tels risques d'éclatement des consensus, les démarches progressives s'imposent, les débats publics sont nécessaires, la vulgarisation est une exigence, la formation des nouvelles générations est une condition d'un développement durable.
Les discussions et accords internationaux ont intégré la notion de développement durable. En France, les plus grands responsables politiques proposent d'insérer la protection de notre environnement dans notre droit constitutionnel. Depuis ses débuts et partout où elle s'est développée, l'éducation à l'environnement constitue une véritable éducation civique.
Elle vise essentiellement à obtenir des modifications d'attitudes et de comportements. En ce sens, elle fait partie de l'éducation éthologique que Thierry Gaudin voit comme réponse au développement des sauvages urbains dans les prochaines décennies. (6)
Et quand l'UNESCO propose le 400è anniversaire de Comenius comme sujet mondial de réflexion, il ne semble pas inutile de rappeler que le père de la pédagogie moderne avait en réalité développé cette dernière pour la mettre au service d'un vaste programme ascensionnel de conversion de l'humanité à la connaissance et surtout à l'amour. (7)
Ces considérations pourraient être conclusives sur l'intérêt de développer une véritable éducation à l'environnement. Toutefois, les pratiques dans ce domaine ont déjà une tradition: celle d'aborder des sujets dans leur globalité et d'opérer une confrontation au réel. Un autre défi est posé, celui des méthodes éducatives.
Education à l'environnement: une autre vision de l'enseignement
Le sort de l'éducation à l'environnement est infiltré par les plus gros enjeux autour de l'éducation et les cartes sont réparties dans diverses mains. Notre système d'enseignement est très contraint par l'approche disciplinaire dès le second degré et il porte une aversion ancienne envers toute pratique éducative qui dépasse la transmission des contenus objectifs. La séparation du domaine privé familial et du domaine public, la laïcité de l'Etat, garante de la tolérance du choix confessionnel ou philosophique, ont créé une culture et inscrit leurs traces.
Comment aller d'une situation qui hérite d'une tradition importante à des méthodes adaptées à un nouveau dessein ? D'un côté, quelle réalité pour un enseignement qui n'est pas institué en discipline, n'a pas d'enseignants spécialisés, ne bénéficie pas d'horaire obligatoire, de programme spécifique, de contrôle des connaissances, d'épreuve, même facultative, aux examens ?
De l'autre, quel avenir pour les enseignants qui veulent adapter les habitudes scolaires aux besoins de leurs élèves, pour les élus qui veulent avoir un rôle dynamique au-delà des financements accordés, pour les entreprises soucieuses d'une implication dans les problèmes de la société ?
Pour notre système éducatif, entre le statu quo que personne ne croit plus possible et l'éclatement que certains redoutent, l'éducation à l'environnement peut représenter un champ grandeur nature pour tester les évolutions progressives et éviter les déchirements brutaux. Le sujet en a l'ampleur. Les enjeux économiques en renforcent l'urgence. L'opinion publique encourage les élus dans cette voie.
Des pôles hors du champ direct de l'Etat
Des initiatives se développent. En marge du système éducatif, elles demandent beaucoup d'énergie et ne reçoivent que trop peu encouragements. La mémoire et le retour d'expérience en sont trop rarement assurés. L'Etat n'est pas un gage de continuité dans un domaine aussi étroit.
Cette situation induit une polarisation autour de structures plus petites. Cela s'est passé d'abord autour des personnalités pionniers. C'est le cas aujourd'hui autour de certains instituts universitaires de formation des maîtres. C'est le cas enfin avec la mobilisation de réseaux associatifs.
Un mot enfin sur la Fondation Ushuaïa (8). Cette dernière construit son action sur plusieurs plans: en apportant un surcroît de notoriété à des opérations remarquables (rôle de labelisation et d'accompagnement); en facilitant le rassemblement et la valorisation des expériences (recensement, diffusion, création d'outils éducatifs); en encourageant les initiatives locales (dotations, clubs, fonds incitatifs locaux).
Elle a besoin de rassembler les soutiens les plus divers et elle met en valeur ceux qui accordent leur confiance à son projet et à sa démarche. Ainsi peut-elle devenir un pôle efficace pour le développement de l'éducation à l'environnement.
Notes
(1) Le Point - N° 1096 du 18.9.93. Retour >>>
(2) L'Environnement au collège et au Iycée- recensement de 300 PAE - Fondation Ushuaïa - 2e sem. 93. Retour >>>
(3) A la découverte de l'Environnement - Fondation Ushuaïa, Hatier- 2e sem. 93: traduction de Environmental Education for our common future avec ajout de l'expérience française.Retour >>>
(4) A. de Peretti - Controverses en Education, Hachette-Education, 2e sem. 93. Retour >>>
(5) Admical, La lettre du Mécénat, n° 54 - juin-juillet 1993. Retour >>>
(6) 2100 ou le récit du prochain siècle - Thierry Gaudin - Payot. Retour >>>
(7) La Lettre internationale - n° 35 hivers 92/93. Retour >>>
(8) Fondation Ushuaïa, créée en l990 par Nicolas Hulot sous l'égide de la Fondation de France - 52, bd Malesherbes, 75008 PARIS - Tél.: 44.90.83.03 - Fax: 44.90.83.19 Retour >>>
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