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La Jaune et La rouge 1994 :

L'ENVIRONNEMENT
ENTREPRISES POUR L'ENVIRONNEMENT


Jean-René FOURTOU (60),
président de l'Association Entreprises pour l'Environnement

Au cours des années cinquante les entreprises ont découvert le marketing et ont développé les outils nécessaires à la mesure, à la gestion et à la prévision de cette dimension de leur activité. Dans les années soixante-dix, c'est la gestion des ressources humaines qui a vu un large développement des concepts et des méthodes à mettre en oeuvre.

La qualité fait l'objet d'un effort qui a démarré principalement dans les années quatre-vingts. Les années quatre-vingt-dix sont celles du défi posé au développement économique par le souci de la protection de l'environnement et, les entreprises entendent bien relever ce défi.

Il n'y aura pas de développement d'une industrie compétitive, créant des emplois et des ressources pour le pays sans le souci constant de la préservation du patrimoine naturel et de la qualité de la vie. Tous les acteurs économiques doivent prendre leurs responsabilités à cet égard, et particulièrement les entreprises.

Ce sont en effet les entreprises qui ont les moyens humains, techniques et financiers pour agir efficacement. Ce sont elles qui détiennent l'expertise et l'expérience nécessaires plus que les administrations ou les associations d'écologistes malgré le rôle essentiel que celles-ci autant que celles-là ont à tenir.

Encore faut-il, pour une gestion efficace de l'environnement, que l'on sache, à partir de données scientifiques suffisamment établies, mesurer, analyser, établir des priorités - et s'y tenir. Il faut bien reconnaître que, jusqu'à présent, cela n'a pas toujours été le cas et que les priorités ont le plus souvent été déterminées en réaction à la dramatisation des problèmes, sans relation réelle et établie avec les risques encourus. On a vu ainsi défiler au banc de l'infamie le DDT, les pluies acides, le pyralène, les phosphates des lessives, les produits phytosanitaires, les plastiques, les CFC, les gaz à effet de serre, le chlore, etc.

Pour ne prendre qu'un exemple, le remplacement du pyralène dans les transformateurs électriques constitue, tout le monde s'accorde maintenant sur ce point, une dépense considérable et inutile.

Car il s'agit de dépenses importantes tant en investissement qu'en fonctionnement et les résultats obtenus par l'industrie française au cours de ces dix ou quinze dernières années sont spectaculaires sur le plan de la réduction des pollutions (eau, air, déchets) rejetées. Mais il est essentiel que les choix des actions à entreprendre deviennent plus rationnels et qu'on mette en oeuvre une gestion plus efficace. Ne pas dépenser moins, mais dépenser mieux.

C'est là le sens et donc l'objectif de l'Association française des Entreprises pour l'environnement qui a été constituée en avril 1992 avec une vingtaine d'entreprises exerçant leur activité sur le territoire national et qui partageaient cette vision de la protection de l'environnement comme impératif stratégique pour leur développement.

Cette association - au sens fort du terme - réunit donc les entreprises qui souhaitent développer des approches efficaces des problèmes d'environnement, exprimer leur point de vue sur ces sujets, promouvoir leur compétence et leur dynamisme.

En travaillant - beaucoup - en commun nous nous sommes donc attelés aux divers aspects de cette gestion de la protection de l'environnement.

* Sous la direction de Richard Armand (57) (Péchiney) nous essayons de mettre sur pied les conditions d'un véritable débat sur le choix des priorités en matière d'environnement, débat pratiquement inexistant actuellement.

* Dans un groupe de travail sur les "Pratiques managériales de la protection de l'environnement" animé par J.-P. Caruette (58) (Total) nous avons réalisé un ouvrage d'analyse et de synthèse sur les outils de gestion dans ce domaine (plans, audits, analyses de cycle de vie...) ainsi qu'un guide simplifié d'auto-évaluation de la situation de l'entreprise.

* Le concept de "système d'information environnement", destiné à une information objective par ]es collectivités locales du public sur l'écolution du milieu dans lequel il vit, a été développé dans un groupe de travail animé par Serge Soudoplatolf (73) (Cap Gemini Sogeti).

* Le groupe Formation avec B. Tramier (Elf) a réalisé un module d'information et de sensibilisation à l'environnement (MISE) à partir d'un outil de formation utilisé chez Rhône-Poulenc. Ce module est destiné à la formation de tous les personnels au sein des entreprises.

* Sous l'autorité de Thierry Chambolle (59) (Lyonnaise des Eaux-Dumez) on a établi l'état de l'art sur l'incinération/valorisation thermique des déchets, maillon indispensable dans une chaîne de traitement rationnelle de ces déchets. Des travaux sur la méthodologie d'investigation et de réhabilitation des sites pollués ont été conduits, ce qui nous permet de nous situer en tant que partenaire des pouvoirs publics dans l'opération d'inventaire des sites pollués en France que le ministre de l'Environnement, Michel Barnier, a initié.

* Enfin les - très sérieux - problèmes que pose l'assurance des risques pollution sont étudiés dans la commission "Assurabilité des risques" (G. Beneplanc, AXA) avec l'ambition de favoriser l'émergence de solutions permettant une assurance convenable de ces risques

Enfin, dans cet état d'esprit de solidarité nationale, de réconciliation des citoyens avec le passé industriel collectif, notre association contribue aussi de manière importante (15 MF par an) au financement du programme de réhabilitation des sites pollués orphelins (sans propriétaire solvable). 11 faut en effet faire ce qu'il faut pour nettoyer le passé et rétablir pleinement la confiance des citoyens dans un monde d'avenir où la qualité de la vie sera basée sur le progrès et le développement technologique.

C'est là un vaste programme de travail, qui nécessite la mobilisation des entreprises qui se sont associées au sein d'Entreprises pour l'Environnement et nous souhaitons que d'autres viennent participer à ces travaux. Il n'y aura d'adhésion de l'opinion publique au développement technologique que si les entreprises savent s'unir pour étudier en commun et faire prévaloir des solutions raisonnables et efficaces pour la meilleure protection possible de l'environnement.

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