contact
Contact
La Jaune et La rouge 1994 :

L'ENVIRONNEMENT
LES INDUSTRIES DE DÉPOLLUTION


Thierry CHAMBOLLE (59),
directeur général adjoint de Lyonnaise des Eaux-Dumez

Il est communément admis que le marché dit de l'environnement connaîtra une forte croissance tout au long de la présente décennie. C'est ce qui ressort d'une étude de 1'OCDE publiée en 1991. Les mêmes prévisions se retrouvent au niveau européen dans diverses études et figurent notamment dans le plan national pour l'environnement. Tous les experts tablent, pour une période de dix ans, sur un doublement en terme d'activité ou de chiffre d'affaires, avec des nuances, voire des écarts plus sensibles suivant les secteurs et les pays.

Ce que nous avons observé pendant les premières années de la présente décennie a confirmé ces prévisions. L'année 1993 a toutefois été marquée par un fléchissement de la demande, fort en ce qui concerne les industriels et très faible en ce qui concerne les collectivités.

D'après la dernière enquête du BIPE, les investissements de dépollution restent une priorité importante des collectivités territoriales mais les difficultés financières qu'elles connaissent actuellement incitent un certain nombre d'entre elles à ralentir leur effort.

Au moment où les pays d'Europe peuvent ensemble gagner la bataille de l'environnement sur les fronts de l'eau, de l'air et du sol, il est important de maintenir les objectifs ambitieux fixés par les différentes directives communautaires, et par les plans nationaux de façon à garder le bon cap aux travers des difficultés conjoncturelles.

Il est de toute façon difficile de prévoir l'avenir au plan quantitatif avec plus de précision. En revanche, il peut être intéressant de réfléchir aux changements qualitatifs qui affecteront les activités de dépollution d'ici à l'an 2000.

Les industries françaises de dépollution

La France occupe une place remarquable dans les activités de la dépollution grâce aux grands groupes dédiés à l'environnement comme la Compagnie générale des Eaux, Lyonnaise des Eaux-Dumez, Bouygues (SAUR), Saint-Gobain (Cise et Pont-à-Mousson) et à un grand nombre de petites et moyennes entreprises.

Dans le domaine de l'eau, cette activité regroupe les étapes de la mobilisation de la ressource en eau, de son traitement, de la distribution d'eau potable puis de la collecte des eaux usées, de leur traitement et de leur restitution au milieu naturel.

Chacun des groupes français possède une expérience très varice dans le domaine de la gestion de l'eau. L'entreprise Degrémont est incontestablement le leader mondial du traitement de l'eau. OTV et la SAUR ont connu également des développements importants à l'international. Les groupes français font un effort de recherche dans le domaine du traitement de l'eau qui les place, là aussi, au premier rang mondial.

La CGE et Lyonnaise des Eaux-Dumez sont engagées dans un grand programme national stratégique de recherche sur la qualité et le traitement des eaux en liaison avec des grands organismes publics de recherche, l'IFREMER et le CEMAGREF, pour garder leur avance dans les techniques de traitement des eaux usées.

Le mouvement mondial qui conduit les collectivités territoriales à déléguer la gestion de tout ou partie du cycle urbain de l'eau à des professionnels bénéficie aux entreprises françaises qui sont bien armées pour conquérir ces nouveaux marchés, en dépit d'une concurrence croissante des entreprises anglaises et américaines. Des villes aussi variées que Sydney, Buenos Aires, Mexico, Rostock, Brno... font désormais appel à des entreprises françaises pour la gestion de l'eau.

La gestion des déchets est amenée à prendre une place croissante compte-tenu de l'importance que lui porte le public, des problèmes de saturation des équipements existants et de l'évolution des réglementations, même si le volume des déchets s'accroît modérément dans l'ensemble de l'Europe.

Là, encore, les entreprises françaises disposent d'un savoir-faire important et sont tout à fait capables de s'adapter à la révolution technologique qui caractérise ce secteur. Il ne s'agit plus de se débarrasser des déchets mais de les gérer en respectant quatre grands principes :

* la production des déchets doit être réduite au plus bas niveau;

* les déchets doivent être considérés comme un gisement de matières et d'énergie;

* l'élimination des déchets résiduels doit se faire sans nuisances;

* les déchets ultimes (c'est-à-dire résultant d'un processus de traitement) sont stockés après inertage.

L'application de ces principes conduira à la mise en place de services intégrés de valorisation et d'élimination des déchets, à une réduction relative de la part mise en décharge et à une augmentation de l'incinération avec récupération de chaleur.

Les filiales de la CGE et de Lyonnaise des Eaux-Dumez spécialisées dans la collecte et l'élimination des déchets comme la SARP et SITA ont développé fortement leurs programmes de recherche et développement pour faire face à cette mutation.

Elles sont en outre affrontées à une concurrence forte, à la fois de groupes publics français comme EDF, qui cherchent dans ce domaine des diversifications pour motiver leur personnel et préparer l'atténuation de leur monopole, et de grands groupes américains comme Waste Management qui ont bénéficié aux Etats-Unis d'une manne de crédits publics considérable dans les années 80. Il est indispensable de les conforter si l'on veut qu'elles puissent jouer réellement un rôle au plan européen et mondial.

La place de la France dans la dépollution de l'air est plus modeste. Le marché des équipements de dépollution atmosphérique est surtout localisé en Allemagne, où le poids du secteur industriel lourd et la production d'énergie essentiellement à partir de centrales thermiques expliquent cette situation particulière. De fait, le secteur de la dépollution de l'air est constitué de sociétés petites ou moyennes de trois types: sociétés d'ingénierie, d'étude et de conseil, groupes d'ensembliers concevant et réalisant des systèmes complets, équipementiers.

Le marché français ne devrait pas suivre le développement attendu du marché de la dépollution atmosphérique car il diffère structurellement des autres marchés européens en raison de la part du nucléaire et de la faible place de certaines industries lourdes. La croissance devrait venir dans un premier temps de l'équipement des installations d'incinération de déchets où excellent des sociétés françaises comme LAB.

L'ensemble des activités de l'environnement représente en France plus de 400.000 emplois dont environ 110.000 emplois directs dans les éco-industries. Contrairement à beaucoup d'autres secteurs, ces entreprises créent des emplois et ces emplois sont, dans leur ensemble, de plus en plus qualifiés.

Il convient en conclusion de souligner le dynamisme des entreprises françaises de la dépollution à l'international. Parce qu'elles ont su développer un mode d'intervention orignal qui allie conception, construction et gestion dans un domaine où la qualité de l'exploitation quotidienne a encore plus d'importance que l'investissement, elles ont obtenu à travers le monde des succès non négligeables.

Il est important de ne pas casser cette dynamique, en appliquant en France des règles désuètes de consultation des entreprises. Toutes les mesures prises par les pouvoirs publics pour la prise en compte de la qualité des offres, des références, de la technicité et de l'innovation des entreprises conforteront la position des entreprises françaises de la dépollution dans le monde.

Article précédent Retour au menu Article suivant