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Jaune et La rouge 1994 : L'ENVIRONNEMENT |
BILAN
DE VINGT ANS D'ACTION POUR AMÉLIORER L'ENVIRONNEMENT SUR UN GRAND
SITE PÉTROCHIMIQUE
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Les installations du site de Lavéra
Dès le début des années 30, trois raffineries de pétrole se sont implantées dans la région de Martigues-Etang de Berre.La pétrochimie s'est développée peu après la Seconde Guerre mondiale avec le démarrage en l 952 de Naphtachimie qui est aujourd'hui une filiale 50/50 de BP Chemicals et d'Elf-Atochem. Sa croissance a été continue depuis cette époque. Sa production d'éthylène, qui est le produit de base de ses fabrications, était à l'origine de 8 000 t/an, et est passée progressivement à 700 000 t/an aujourd'hui, avec le plus gros vapocraqueur de France et un des plus gros au monde.
Le site de Lavéra est le seul site français à fabriquer les deux produits de base de la chimie organique que sont les oléfines (éthylène, propylène et butadiène), et le chlore dont la production est assurée par Elf-Atochem, avec une capacité de 320 000 t/an.
La 3e grande date du développement de la région est la mise en service de la plate-forme de Fos au début des années 70, avec de la sidérurgie et de nouvelles installations pétrochimiques.
Jusqu'à la fin des années 60, les industriels se préoccupaient uniquement de leurs productions, dont la fiabilité posait à cette époque un certain nombre de problèmes. Ils se désintéressaient presque entièrement des résidus, des rejets et des nuisances engendrées par leurs ateliers de fabrication.
La majeure partie des déchets, qu'ils soient liquides, solides ou gazeux, étaient rejetés dans le milieu naturel, sans que l'on se pose beaucoup de questions à leur sujet, et avec l'accord tacite de l'administration.
Dans ces années là, la sensibilité écologique ne se manifestait pas beaucoup dans l'opinion publique; d'autre part, le bas prix du pétrole et de l'énergie n'incitait guère à minimiser les pertes.
Devant la concentration d'industrie lourde dans la région Fos-Martigues-Berre, d'autant plus qu'une quatrième raffinerie de pétrole était venue s'installer, l'administration ne pouvait plus rester inactive. Il a été décidé à ce moment-là que Fos devait être une zone exemplaire.
Le service des Mines a donc créé en 1972, le premier SPPPI en France. Il s'agit du Secrétariat permanent pour la Prévention des pollutions industrielles, placé sous l'autorité du Préfet de région et animé par le directeur régional des Mines et ses collaborateurs.
Son premier travail a été d'édicter des normes de rejets aqueux applicables à toute la zone. Ces normes ont été jugées à l'époque extrêmement sévères par les industriels. Elles sont aujourd'hui parfaitement admises et reconnues nécessaires par tous. Elles étaient immédiatement applicables aux installations neuves, et un programme étalé sur sept à huit ans a été imposé par arrêté de classement aux industriels déjà en place.
Ce délai était nécessaire car, s'il est relativement facile de concevoir une installation neuve peu ou pas polluante, il est autrement plus difficile de modifier des ateliers existants pour les amener aux performances de rejet requises.
Naphtachimie, qui venait de démarrer en 1972 un grand stade d'extension conçu trois ans plus tôt et comprenant principalement un vapocraqueur et des ateliers de dérivés, était en situation particulièrement difficile, car lors de la conception de ces unités, aucun compte n'avait été tenu de la pollution.
Le premier travail à réaliser était de faire un bilan de ce que l'on rejetait comme pollution aqueuse pour voir comment l'on se plaçait par rapport aux normes du SPPPI.
Ce bilan nous a complètement abasourdis. Les rejets aqueux étaient de 100 t/j de DCO (demande chimique en oxygène). Pour donner une idée de comparaison, comme la DCO de nos produits est en moyenne de 1,8 à 2 kg O2/kg cela signifiait que nous rejetions chaque jour cinquante tonnes environ de produits chimiques divers et variés, ou que notre pollution équivalait à celle d'une ville d'un peu plus d'un million d'habitants, dépourvue de station d'épuration, puisque l'on considère qu'un habitant produit 90 g de DCO par jour.
A cette pollution organique, mais heureusement peu toxique, en moyenne il fallait rajouter 50 à 60 t/j de matières en suspension constituées principalement de chaux et de carbonate de calcium.
Cette situation se traduisait par un nuage blanc en mer et par une asphyxie totale des fonds marins où toute vie animale et végétale avait disparu.
Devant cette situation, Naphtachimie a créé un service Environnement comprenant dès le début une trentaine de personnes dont trois ingénieurs, et qui s'appuyait sur tous les autres services compétents de la plate-forme.
Après les bilans, il a fallu bâtir un plan de réduction pour atteindre les objectifs fixés par l'administration qui étaient les suivants:
* rejet aqueux: réduction de 50 % en janvier 1975, de 75 % en janvier 1976 pour aboutir à un rejet maximum du site pétrochimique de 6 t/j de DCO en janvier 1978, soit une réduction totale de 94 %;
* rejets atmosphériques:
- quota d'émission d'anhydride sulfureux de 90 t/j ramené à 55 t/j,
- contrôle cinématographique des torches,
- réduction des émissions d'hydrocarbures de 40 T/j à 20 t/j en 1978, et un maximum de 6,3 t/j en 1981;
* rejets solides: résorption de la décharge de Ponteau où les anciens marais salants avaient servi pour déverser et stocker des hydrocarbures provenant du site, mais également, de façon sauvage, d'autres sites industriels.
Pollution des eaux
Outre ces obligations administratives, I'agence de Bassin, qui percevait la redevance de pollution déterminée de façon forfaitaire en fonction du type d'industrie et de l'effectif de la Société, a décidé en 1972 de calculer cette redevance sur la pollution réelle. Ceci ajoutait un intérêt financier indéniable à réduire nos rejets.Pour atteindre nos objectifs, deux voies se sont présentées:
* la destruction du polluant par incinération,
* le traitement des effluents dans une station d'épuration.
Dans tous les cas, il était nécessaire d'essayer de diminuer le flux polluant à la source. Cette réduction a été réalisée en deux étapes:
* première étape, un peu de propreté et de discipline (janvier 1973 à décembre 1974). Cette partie a été la plus facile et la plus efficace car elle a permis de gagner 30 à 35 t/j de DCO. Il a fallu sensibiliser le personnel aux problèmes de pollution, modifier leur comportement vis-à-vis de produits qui étaient directement rejetés à l'égout, réaliser l'amélioration des réglages de colonnes à distiller, en particulier de façon à minimiser les pertes. Ces opérations ont permis de dégager une certaine rentabilité par des récupérations de produits;
* deuxième étape, intervention au coeur des procédés (janvier 1975 à décembre 1977). La tâche devient plus difficile et plus chère. Il s'agit d'améliorer, voire de modifier, des procédés de fabrication pour les rendre moins polluants.
Il a donc fallu faire des études et réaliser des investissements. Toutes ces modifications ont permis de gagner 20 à 25 t/j de DCO et 15 t/j de matières en suspension. La réduction des pollutions à la source ayant atteint ses limites, nous avons envisagé la construction d'une station d'épuration biologique.
Après des essais pilote effectués en 1974 et 1975, nous avons choisi le procédé UNOX d'Union Carbide utilisant l'oxygène pur. Ce procédé pouvait être envisagé, car nous avions sur le site une alimentation d'oxygène par pipe en provenance d'Air Liquide à Fos.
Il présentait les avantages suivants :
* utilisation de réacteurs fermés, donc sans odeur,
* volume réactionnel trois fois plus petit que celui d'une station à l'air,
* facilité plus grande pour absorber les pointes de pollution.
La station a été construite en 1977 et elle a démarré en 1978. Elle comprend deux lignes de réaction de quatre cellules chacune, deux décanteurs et un épaississeur ainsi que deux filtres presse en parallèle pour éliminer les matières en suspension.
Pour l'alimentation de la station, nous avons dû construire un deuxième réseau d'égouts pour collecter les eaux polluées, le réseau antérieur continuant à véhiculer les eaux propres qui se jettent directement en mer à travers une anse, servant de bassin de rétention final.
La station a été mise en service au printemps 1978 et, avant la fin de cette même année, le site respectait les prescriptions préfectorales, soit moins de 6 t/j de DCO.
Depuis cette époque, de nombreuses modifications ont eu lieu.
D'abord, arrêt de l'atelier d'oxyde de propylène qui représentait à lui seul la moitié de la pollution du site. Ensuite, généralisation de la production de polyéthylène par un procédé fluidisé donc non polluant, mis au point par Naphtachimie et développé par BP Chemicals, qui a été vendu 19 fois à travers le monde et qui a obtenu en 1990 le Prix européen des technologies propres. Enfin, changement de procédé à Oxochimie en utilisant le rhodium comme catalyseur en lieu et place du cobalt, avec une réduction concomitante très nette de la pollution.
Avec toutes ces modifications profondes auxquelles il faut ajouter des améliorations de moindre envergure, la pollution aqueuse rejetée par le site de Lavéra ne dépasse pas 700 kg/j de DCO, soit celle d'une ville de moins de 8 000 habitants dépourvue de station d'épuration.
Les effets de cette amélioration n'ont pas tardé à se faire sentir car des plongées récentes au niveau de nos rejets en mer ont montré que la faune et la flore étaient redevenues tout à fait normales, comme peuvent en attester de nombreux pêcheurs qui satisfont leur passion près de nos rejets.
Pollution atmosphérique
Elle est essentiellement constituée par l'anhydride sulfureux (SO2) provenant du soufre des combustibles, les oxydes d'azote produits par la combustion et les hydrocarbures volatils.Dès le début des années 1970, l'administration a imposé des quotas de SO2 aux industriels et celui de Lavéra était de 90 t/j.
Le dernier arrêté de classement concernant le site nous limite à25 t/j de SO2. En cas de pollution généralisée mesurée par un réseau installé depuis 1973, la DRIRE impose une division de cette quantité par trois.
Nous avons pu nous adapter à ces nouvelles exigences en réalisant des économies d'énergie très importantes (division par 2 en 10 ans de la consommation de vapeur) et généralisant l'utilisation de combustibles résiduaires sans soufre, comme les résidus de vapocraqueur ou la récupération des gaz des torches qui ne fument pratiquement plus.
Pour les hydrocarbures volatils, nous avons mis en place des réseaux de récupération, des colonnes de lavage et des incinérations qui ont permis d'atteindre un rejet de 4 000 kg/j à comparer à 38 t/j en 1974 et à l'objectif fixé par la DRIRE qui était de 6 300 kg/j.
La réduction des oxydes d'azote représente une difficulté beaucoup plus grande. Il s'agit dans un premier temps de bien suivre les mesures dans les fumées. Il faudra ensuite déterminer les paramètres qui peuvent les améliorer, et à ce moment-là, nous pourrons éventuellement agir efficacement sur leur production.
Déchets solides
Les déchets sont soit incinérés si cela est possible, soit stockés en décharge contrôle de classe 1 ou 2 rigoureusement contrôlées par l'administration. Toujours en ce qui concerne les déchets, nous avions sur nos terrains, à l'extérieur de nos clôtures, une décharge d'hydrocarbures divers dans les anciens marais salants de Ponteau.
Nous avons entrepris en 1978 la réhabilitation de cette décharge qui a été réalisée en trois temps :
* brûlage dans notre centrale de 2.000 t d'huiles qui pouvaient être assez aisément pompées ;
* incinération dans un centre spécialisé de 4.000 t de produit pâteux ;
* traitement in situ des 22.000 t restantes par le procédé Boelsing.
Cette méthode s'est avérée particulièrement efficace puisque, depuis cette époque, les contrôles effectués n'ont montré aucun relargage d'hydrocarbures
Aspect financier
On ne saurait traiter ces problèmes de lutte contre la pollution sans évoquer l'aspect financier. Les investissements réalisés en 1974 et 1982 représentent en francs courants :
- 100 millions de francs pour les rejets aqueux,
- 12 millions de francs pour les rejets atmosphériques,
- 1 million de francs pour les déchets solides auxquels il faut rajouter 6 millions pour la résorption de la décharge de Ponteau.Parallèlement, nous avons obtenu 33 millions de subventions et 15 millions de prêts, soit directs, soit sous forme d'avances, de la part de l'Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée-Corse.
Les frais de fonctionnement ont culminé à 30 millions par an vers 1984-1985 et réprésentent actuellement la moitié de cette valeur à cause des importantes réductions réalisées.
Conclusion
Depuis le début des années 1970, tous les industriels ont pris conscience des problèmes de pollution. Sous la pression de l'administration et en concertation avec elle, des plans de réduction ont été élaborés et réalisés. Ils ont conduit à une baisse très importante des rejets. Cette baisse des rejets aqueux a été si importante sur le site de Lavéra que la surcapacité de notre station d'épuration permet maintenant de traiter, sous contrôle de la DRIRE, de la pollution en provenance de tiers comme, par exemple, les parfumeries de Grasse, ou des résidus de lavage des camions-citernes.
Nous avons voulu dans cet article bien montrer tous les efforts, en particulier financiers, réalisés par les industriels qui sont bien convaincus de leur nécessité pour préserver un environnement satisfaisant. Tout ce que l'on peut souhaiter c'est que nos concurrents et confrères soient tous soumis à ces mêmes contraintes, où qu'ils se trouvent, pour éviter de fausser la concurrence.
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