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Editorial

Jean Marc Jancovici (X81), Président de X-Environnement

Qu’est-ce que la biodiversité, et à quoi sert-elle ? Si un enfant de 5 ans vous pose la question, il n’est pas dit qu’il sera si facile de lui répondre. La biodiversité se définit-elle par le nombre d’espèces existantes ? Mais comment savoir comment il évolue, alors que le nombre d’espèces élémentaires fait l’objet d’un perpétuel débat ? Les effectifs des espèces sont-ils à prendre en compte, ou juste le nombre de ces dernières ? Il est clair que, pour les animaux supérieurs, le résultat dépendra largement de la convention retenue. Faut-il tenir compte de la variété génétique intraspécifique ? Les animaux supérieurs doivent-ils bénéficier d’un « coefficient de pondération » supérieur à celui des animaux inférieurs, au motif que l’anthropomorphisme joue à plein, ou au contraire d’un coefficient inférieur, au motif que ce sont les moins nécessaires aux grandes fonctions homéostatiques que la vie assure sur terre (à commencer par le maintien d’une atmosphère composée d’oxygène et d’azote, qui n’existerait pas sur une planète sans vie) ?

Admettons que nous sachions correctement définir cette biodiversité, ce qui, nous allons le voir, n’est pas le moindre des défis, faut-il toujours la préserver, ou savoir lutter contre parfois ? Cette question peut paraître étonnante aux urbains que nous sommes devenus, ne voyant la nature que comme un grand parc récréatif, mais il conviendrait de ne pas oublier qu’une large partie de notre activité, depuis la sédentarisation de l’homme, a précisément consisté à diminuer localement la biodiversité. L’agriculture, qui sert à cette bagatelle qui s’appelle manger, ce n’est en effet rien d’autre que le remplacement d’un écosystème « naturel » par un écosystème dirigé considérablement plus appauvri sur le plan de la biodiversité, puisqu’idéalement réduit à la seule espèce cultivée. Pourtant, il ne viendrait à personne l’idée d’abandonner l’agriculture pour préserver la biodiversité ! Manger ou préserver, cet antagonisme est plus fréquent qu’on ne le pense : une large partie de la déforestation, aux tropiques, qui fragilise ou détruit les espèces par destruction d’habitat, est le fruit de la recherche de nouvelles surfaces agricoles. Se déplacer vite et loin abîme aussi les écosystèmes, directement par destruction des espaces consacrés aux infrastructures et logements, et indirectement par introduction (in)volontaire d’espèces envahissantes, voire globalement à cause du changement climatique : comment arbitrer entre nos déplacements et nos souhaits de préservation ?

Enfin, pour compliquer le tout, la réponse à toutes ces questions dépendra d’une interrogation préalable : la biodiversité, est-ce un concept local, ou global ? Est-il important qu’une espèce existe à un endroit précis, ou qu’elle existe n’importe où ?

Autant éviter la publicité mensongère : il est peu probable que vous refermiez ces pages avec une réponse exhaustive et satisfaisante à toutes ces questions. Mais nous espérons que ce numéro, coordonné par Olivier Laroussinie (83), avec le concours de Benoît Leguet (), Guillaume De Smedt (), François Daugy (), Franck Legall (), Alain Chardon (), Marie-Véronique Gauduchon (), que je remercie vivement pour le temps qu’ils y ont consacré, vous aidera à mieux comprendre les termes du débat. Et maintenant, selon l’expression consacrée, bonne lecture !

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