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Directeur Général de L'INRA |
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Nous intervenons dans des domaines très spécifiques : la science du sol, avec les résidus de pesticides, le rôle microbiologique du sol et la microbiologie en général, la lutte intégrée contre les parasites, les problèmes liés à la forêt, la bioclimatologie, etc.
Une enquête récente a montré que 16% des 2.600 chercheurs de l'INRA se consacraient à plein temps à des actions liées à l'environnement. L'INRA ayant signé un contrat d'objectifs avec l'État, cette activité liée à l'environnement devrait rapidement se développer : ainsi, 30% des chercheurs de l'INRA se consacreront bientôt à l'environnement. Or un chercheur coûte - si l'on tient compte de son salaire et des moyens qui lui sont attribués (salaire des techniciens qui l'assistent, coût de fonctionnement des installations expérimentales et des laboratoires de recherche, investissements en matériels scientifiques) - entre 600 000 et un million de francs par an à la collectivité. Ce chiffre de 30% représente donc un effort non négligeable.
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La précision des recherches
Les recherches menées dans le domaine de l'environnement nécessitent des bilans pointus et une extrême précision ; d'une manière générale, elles impliquent de grandes difficultés méthodologiques. Il faut se garder de philosopher avant d'avoir mesuré. Ainsi, lorsque l'on a décidé d'augmenter le rôle des carburants issus d'oléoprotéagineux dans la propulsion des véhicules, certains biologistes ont souhaité mesurer l'influence potentielle des oxydes d'azote susceptibles d'être dégagés par la culture de ces oléoprotéagineux. Ce type de travail nécessite à l'évidence des mesures très précises...
En résumé, il faut des mesures précises, du professionnalisme, de nouveaux types de capteurs et d'expérimentations. Et lorsque l'on souhaite identifier l'influence de tel ou tel paramètre, ces expérimentations peuvent parfois durer très longtemps.
L'interdisciplinarité
Il faut non seulement être très précis dans un certain nombre de domaines mais aussi être capable d'envisager l'ensemble dans une perspective globale. J'illustrerai ce point par le problème du soja et des organismes génétiquement modifiés.
Premièrement, du point de vue de l'évolution à long terme, il faut savoir quels vont être les flux de gènes diffusés dans le milieu environnement. En effet, à partir du moment où l'on introduit des gènes dans de nouveaux végétaux, il faut connaître sur quelle échelle de temps ces gènes vont migrer.
Or la réponse est très variable selon que l'on parle de soja génétiquement modifié, introduit en France (où il n'existe aucune plante voisine et où visiblement l'échelle de temps sera longue), ou que l'on parle de colza, dont il existe des plantes voisines extrêmement nombreuses avec des interfécondations possibles. Dans le deuxième cas, les gènes risquent de migrer très rapidement si l'on n'y prend pas garde.
Deuxièmement, le problème de la santé du consommateur se pose : allergies possibles d'une part, mais également antibiorésistances ; en effet, les organismes génétiquement modifiés sont souvent obtenus, par le biais de méthodes expérimentales, à partir d'antibiotiques.
Troisièmement, il faut caractériser les plantes transgéniques et définir la méthode analytique appropriée pour détecter s'il y a de la farine de soja venant d'autres variétés transgéniques dans un mélange de farine. Sans ces méthodes de caractérisation, on aura du mal à réglementer, faute d'être capables de vérifier si la réglementation est appliquée.
Quatrièmement, il faut réfléchir à la notion d'étiquetage pour permettre au consommateur de choisir. Dans ce cadre, il faut savoir ce que l'on a le droit d'étiqueter.
Tous les problèmes liés à l'environnement nous amènent à des interdisciplinarités très grandes. De ce point de vue, la notion d'environnement est proche de celle de qualité des produits, en l'occurrence des produits agro-alimentaires. L'environnement est effectivement souvent la qualité " externe " d'un certain nombre de processus de production et de fabrication.
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À l'évidence, l'ensemble de la communauté des chercheurs est mal préparée aux nouvelles responsabilités qui lui incombent. Le cas de l'encéphalopathie spongiforme, par exemple, pose de nombreux problèmes liés à l'expertise. Quand le chercheur doit-il prendre la mesure de l'événement ? Comment doit-il communiquer ? Autant de questions très difficiles.
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Les décisions sont d'autant plus simples à prendre que les problèmes ont été anticipés.
Lorsque l'opinion publique est devenue sensible au problème des pots catalytiques, nous n'avions pas toutes les armes pour discuter en urgence du bien-fondé des allégations de tel ou tel groupe de pression. En revanche, on sait maintenant que si l'on est capable d'anticiper des demandes durables sur un certain nombre d'années, les programmes de recherche se déroulent normalement. Les éléments peuvent être rapidement transmis aux décideurs, qui disposent alors d'une plus grande liberté de choix.
Le rôle d'une équipe de chercheurs n'est pas de proposer une solution mais un éventail de réponses au problème. Dans cette optique, on peut mettre en place un suivi tout à fait intéressant en lien avec le politique et le décideur. Je citerai l'exemple des mesures agro-environnementales prises au niveau européen. Ces mesures peuvent modifier très profondément les paysages. Or, si certaines d'entre elles sont bonnes, d'autres le sont moins. Le rôle du chercheur est donc de suivre ces mesures et leur résultats pour proposer d'éventuelles modifications.
Je souhaiterais, en guise de conclusion, évoquer la formation. Il est très difficile de proposer des formations spécifiques à l'environnement. Je crois pour ma part que la dimension environnementale doit être intégrée dans toutes les disciplines, que ce soit la biologie, les travaux publics, etc. D'une manière générale, il faut que la recherche et les partenaires économiques et politiques puissent avoir des liens constants. Je lance donc un appel aux partenaires.
Pour être un partenaire efficace, la recherche doit respecter les délais, les objectifs et répondre à des questions très précises. En contrepartie, la recherche a besoin d'un engagement marqué des partenaires, entreprises, établissements publics et même de l'État. Ainsi, la recherche saura mieux à même de hiérarchiser ses actions. C'est à la société d'aider la recherche à poser les bonnes questions par un engagement marqué et un dialogue permanent avec l'ensemble des décideurs.
Voilà ce que je tenais à vous dire. Je précise que j'ai essayé, en tant que membre du conseil de l'enseignement d'une école qui est fortement représentée ici - l'École Polytechnique -, de prendre part à ce mouvement en soutenant l'introduction d'un enseignement en écologie au sein de la biologie, ce qui est maintenant chose faite.