LE COLLOQUE AU SÉNAT

 SYNTHÈSE DES TRAVAUX DE L'APRÈS-MIDI

Jacques LÉVY,

Président de la conférence des grandes écoles

 

De nouveaux horizons pour la formation

Je vais me limiter dans ma synthèse aux questions de la formation. J'ai retenu de vos débats quelques mots clés, parmi lesquelles je citerai : la pluridisciplinarité, l'ouverture, le travail en équipe, la capacité à superviser chaque projet, la flexibilité, mais aussi l'humilité, la tolérance, la prudence

Je pense que toutes ces notions correspondent à des exigences tout à fait légitimes, qu'ont exprimées de manière répétée et un peu partout la plupart des employeurs. On demande à nos jeunes ingénieurs de posséder certaines facultés comportementales, et l'on souhaite que l'enseignement les prépare à développer ces facultés, indépendamment du contenu même des programmes.

Il est évident que toutes ces dimensions doivent être intégrées. En tant que formateurs, il nous appartient de mettre en uvre les méthodes pédagogiques qui permettent d'atteindre les objectifs que nous avons définis ensemble.

Nous allons dans notre discussion un peu à contre-courant des réflexes naturels de la société française. Je crois par exemple que notre enseignement supérieur n'est pas orienté vers l'apprentissage du travail en équipe. Pour le moment, on encourage surtout la performance individuelle. Nous devons donc privilégier des méthodes d'enseignement qui permettent la mise en situation, comme les stages, qui apprennent aux jeunes à faire leurs preuves en équipe.

On reproche à certaines formations de ne pas encourager les ingénieurs à l'humilité. Mais je pense que tout apprentissage, et celui des disciplines scientifiques en particulier, est largement une école de l'humilité. Les faits et la logique ne se laissent pas impressionner.

 

La prise en compte de la dimension environnementale

La dimension environnementale se situe au carrefour de plusieurs disciplines. C'est un domaine où doit prévaloir une approche systémique, globale. Je pense que les formations d'ingénieurs, telles qu'elles sont conçues en France, selon un modèle assez original, trouvent là un champ d'application privilégié.

Faut-il former des spécialistes de l'environnement ? La réponse à cette question est en fait double. On peut d'abord introduire la dimension de l'environnement dans un ensemble de connaissances techniques. J'enseigne moi-même à l'École des mines la technologie des matériaux : je m'efforce de faire apparaître dans mon enseignement la perspective du recyclage comme incontournable.

On peut aussi concevoir des formations plus directement orientées vers les problèmes spécifiques de l'environnement. C'est la raison pour laquelle nous avons récemment créé un mastère recrutant évidemment des jeunes diplômés sortant des Écoles, mais aussi des personnes titulaires d'une expérience professionnelle, qui viennent s'initier à l'ingénierie et à la gestion de l'environnement. De nombreuses autres écoles d'ingénieurs ont d'ailleurs suivi cette voie.