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L'Étang de Berre se situe entre la Durance au nord et la Méditerranée au sud, le Rhône à l'ouest et les villes d'Aix et de Marseille à l'est. Cet étang, qui est alimenté naturellement par trois petits cours d'eau, est relié de manière artificielle avec la Méditerranée grâce au Canal de Caronte construit à partir de 1863. Aujourd'hui, il est également alimenté artificiellement en eau douce depuis 1966 par un canal usinier EDF provenant de l'usine hydroélectrique de Saint-Chamas.
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Au siècle dernier, et ce jusqu'en 1863, l'Étang de Berre était essentiellement alimenté par trois cours d'eau douce. Les communications avec la Méditerranée étaient pratiquement inexistantes. L'économie locale était basée sur une importante activité de pêche.
A partir de 1863, pour satisfaire les besoins de navigation, le canal de Caronte a été ouvert, apportant ainsi de l'eau salée à l'eau douce. Ce canal a été progressivement approfondi pour atteindre six, puis neuf mètres. Le bassin a alors été progressivement envahi par l'eau salée, avec quelques dessalures locales au niveau des affluents. Outre la pêche, qui était encore importante à cette époque, il y avait une amorce d'industrialisation qui a d'ailleurs été à l'origine de la construction du canal.
En 1925, le tunnel du Rove reliant l'Étang de Berre à la rade de Marseille voit le jour. Entre 1925 et 1966, l'Étang de Berre est salé. L'industrialisation et l'urbanisation se développent progressivement : alors qu'elle n'était que de quelques milliers d'habitants au siècle dernier, la population atteint 120.000 habitants en 1960. La pollution se développe également et, reste mal maîtrisée.
En 1966, date charnière dans l'histoire de l'Étang de Berre, la chaîne hydroélectrique Durance/Verdon s'achève par la mise en service de l'usine de Saint-Chamas, qui déverse désormais 250 mètres cubes d'eau douce par seconde dans l'étang d'eau salée, soit l'équivalent de quatre fois le volume de l'Étang chaque année. On assiste, à partir de cette date, à une alternance saisonnière d'eau salée et d'eau douce car le débit du canal usinier est saisonnier, en fonction de la demande en électricité plus importante en hiver qu'en été.
Jusqu'en 1980, l'usine de Saint-Chamas fonctionne au fil de l'eau, puis, à partir de 1984, elle fonctionne par éclusées. Ce système est particulièrement instable. L'Étang fonctionne en hiver comme un estuaire à coin salé : une couche d'eau douce de trois à quatre mètres recouvre une couche d'eau salée, le mélange étant impossible.
La pêche, bien qu'ayant été interdite en 1957, est toujours tolérée. La diversification de l'industrie se poursuit. La pollution est un peu mieux maîtrisée. L'urbanisation continue : à la fin des années 80, on atteint pratiquement 250.000 habitants.
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Dès le début des années 80, les acteurs régionaux et les pêcheurs, qui ont pris conscience de la gravité du problème, ont demandé une expertise et l'intervention d'arbitrage du ministère de l'Environnement.
La situation est effectivement devenue très grave depuis 1966 du fait de trois apports extrêmement importants. D'abord il y a l'apport d'eau douce que je viens de décrire. Ensuite, les eaux duranciennes de l'usine de Saint-Chamas sont très chargées en limon. Ainsi, jusqu'en 1980, 500.000 tonnes de limon colmataient chaque année le fond de l'étang ; aujourd'hui, on est revenu à environ 300.000 tonnes par an, ce qui reste non négligeable. Enfin, il faut ajouter les apports polluants des différentes industries et collectivités riveraines.
L'arbitrage demandé au ministère de l'Environnement s'est répercuté sur le Comité de bassin Rhône-Méditerranée-Corse, dont dépend ce territoire. Pour réaliser cette expertise, le Président s'est adressé à son conseil scientifique composé d'experts constituant un panel assez complet des disciplines impliquées dans ce problème. Ce panel d'experts a eu une tâche difficile : il lui fallait décider quels étaient les constats à faire pour ensuite proposer éventuellement des solutions.
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Diagnostic
Les experts ont confirmé que les perturbations de l'étang résultaient de la conjugaison de nombreux facteurs et notamment de l'action des apports d'EDF. Sur un plan écologique, il est évident que l'on n'atteindra pas un niveau de qualité stable et pérenne en maintenant les rejets actuels de l'usine de Saint-Chamas. De fait, les perturbations causées par les rejets intermittents des eaux douces duranciennes (250 mètres cubes par seconde en moyenne mais avec de grandes variations saisonnières) interdisent toute stabilisation des équilibres biologiques de l'étang.
Pour que le système écologique de l'étang fonctionne, les experts ont indiqué que l'étang devait être soit saumâtre, soit d'eau douce. La situation intermédiaire eau douce/eau salée à haute variabilité que nous connaissons aujourd'hui ne pourra jamais déboucher sur un système écologique stable.
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La première solution, soit un étang saumâtre stabilisé, nécessiterait des aménagements importants : il faudrait dériver les eaux duranciennes après Saint-Chamas, soit vers le Rhône, soit vers la Méditerranée. Cette solution, qui coûterait plusieurs milliards de francs, permettrait d'atteindre des conditions environnementales assez satisfaisantes pour la plupart des usagers riverains. À l'inverse, la solution de l'étang douce ne coûterait rien à EDF mais mécontenterait la plupart des acteurs riverains.
Les experts ont estimé que l'on devait poser au préalable la question de l'utilité nationale et collective des deux dernières centrales hydroélectriques de Salon et Saint-Chamas dans la chaîne de production hydroélectrique Durance-Verdon. Ensuite, on pourra déterminer si le déversement d'eau durancienne est utile ou pas et, à ce moment là, proposer des solutions.
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Ce rapport a évidemment été transmis au Comité de Bassin qui l'a lui-même transmis au ministère de l'Environnement. À partir de 1992, le ministère a mis en place un plan de reconquête de l'Étang de Berre. Ce plan, qui prévoit des actions étalées sur au moins dix ans, comporte notamment la mise en place d'un suivi écologique pour voir ce que l'on peut faire dans le cadre de la situation qui a été choisie.
En fait, on a décidé de réduire la pollution urbaine et de diminuer les apports en eau douce de Saint-Chamas pendant la période estivale ; le déversement sera quasiment interrompu pendant l'été. On a également décidé de limiter les apports de limon à 200.000 tonnes par an.