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Bien que polytechnicien, je ne suis pas enseignant à l'Institut polytechnique de Grenoble, comme on l'a annoncé. J'enseigne en réalité l'économie à l'Université Pierre Mendès-France. Mais je vais vous parler d'un projet pluridisciplinaire dans lequel sont associés mon université, l'École nationale supérieure des arts et métiers, ainsi que le Politecnico de Turin, afin d'essayer de répondre à l'attente des entreprises, dont nous venons de prendre ensemble la mesure.
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Nous sommes partis d'un constat, qui concerne plus particulièrement les industries manufacturières. L'ENSAM et le Politecnico de Turin forment en effet des ingénieurs qui sont ensuite le plus souvent employés dans ce type d'industries, comme l'industrie automobile, l'industrie électrique ou l'électronique.
L'activité de ces industries est actuellement régie par le principe pollueur/payeur en matière d'environnement. Elles doivent dans ces conditions prendre en charge des coûts de plus en plus importants. On tente de faire porter aux industriels la responsabilité de l'ensemble du cycle de vie des produits, et non seulement de ce qui est directement lié à l'installation industrielle en elle-même. Cette responsabilité s'étend donc maintenant jusqu'à la fin de vie du produit, qui débouche en général sur une mise en décharge, un retraitement ou une réutilisation.
Les industriels nous ont donc demandé de les aider dans cette nouvelle approche. Nous sommes alors retournés aux sources de notre métier d'ingénieurs, qui est la conception et la fabrication de produits correspondant à un cahier des charges. Le cahier des charges des industries qui nous intéressent était jusqu'à présent essentiellement conçu pour répondre à des besoins d'usage : le produit devait par exemple être capable de certaines performances techniques.
Le cahier des charges se préoccupait en fait très peu de la fin de vie du produit, ou de la pollution générée par l'usage du produit. Ce n'est qu'après la crise de l'énergie en 1974 que l'on a commencé à s'inquiéter de la consommation d'énergie des automobiles. Avant cette date, les cahiers des charges des constructeurs automobiles ne comportaient que des spécifications concernant les performances techniques des véhicules, comme par exemple leur vitesse et leur rapidité d'accélération, ou des indications de confort.
Toutes les préoccupations d'usage, liées à l'environnement, reviennent désormais au concepteur. Celui-ci doit, dans ses méthodes de conception, s'attacher à répondre aux exigences de l'environnement. Cela suppose une formation assez distincte de celle des ingénieurs généralistes en charge du management environnemental. Les ingénieurs de conception, les ingénieurs de fabrication, les ingénieurs de process vont maintenant intégrer cette préoccupation d'environnement liée au produit lui-même et non plus seulement au site industriel où on le fabrique.
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Le traitement ex post ne suffit plus aujourd'hui. Il a mobilisé pendant longtemps des ingénieurs de l'environnement, avec des spécialistes de la pollution atmosphérique, de la pollution de l'eau, du traitement de l'eau et du traitement des déchets. Nous ne nous situons plus sur ce terrain là. Nous voulons en effet intervenir sur le traitement à la source, c'est-à-dire au niveau de la conception, dans l'analyse fonctionnelle, dans l'analyse de la valeur.
Nous travaillons en vue de parvenir à produire des produits non pas complètement propres, mais plus propres. Nous coopérons pour cela avec des associations d'industriels, comme la Fédération des industries électriques et électroniques, ainsi qu'avec certains industriels de la région Rhône-Alpes et des industriels italiens de l'électroménager. Nous essayons de former des ingénieurs en leur enseignant, au-delà des disciplines scientifiques classiques, des matières comme l'économie ou la gestion, l'environnement ou encore la sociologie, qui peut les aider à mieux appréhender le comportement des usagers.
Toutes ces disciplines sont enseignées au sein d'un mastère qui dure six mois, soit une période assez courte suivie d'un projet en entreprise de six autres mois. Nous essayons surtout de faire comprendre aux ingénieurs qu'ils ne peuvent pas tout résoudre seuls. Je m'élève en effet contre la tendance actuelle qui consiste à faire faire à l'ingénieur toutes sortes de métiers qui ne sont pas les siens. Je forme par ailleurs des économistes à l'université et je souhaite qu'ils trouvent leur place sur le marché du travail.
J'essaie donc de faire comprendre aux ingénieurs inscrits dans le mastère qu'il existe d'autres disciplines que la leur, et qu'ils doivent apprendre à les utiliser dans des équipes pluridisciplinaires. Loin de nous l'idée de faire de nouveaux ingénieurs de l'environnement. Nos ingénieurs restent qualifiés dans leur formation de base, mécanique, électricité, chimie..., mais nous essayons de leur faire prendre en compte de nouvelles dimensions dès le départ, c'est-à-dire dès le design, l'analyse de la valeur et l'analyse fonctionnelle.
Tout ceci servira évidemment la compétitivité des entreprises, surtout si nous nous plaçons dans le cadre européen. Je suis moi-même consultant auprès de la Commission européenne. Je trouve que les Français sont trop souvent absents des instances de concertation et de décision au niveau européen, et en particulier des commissions qui discutent de l'environnement d'un point de vue technique et qui fixent des normes. Je crois qu'il est important que nous nous efforcions de monter des réseaux pour remédier à cela.