LE COLLOQUE AU SÉNAT

OUVERTURE DU COLLOQUE

Jean-Francois LE GRAND,
Sénateur de la Manche

 

Mesdames et Messieurs, je souhaiterais faire deux remarques avant d'aborder les principaux thèmes de notre colloque.

Je suis d'abord très heureux de vous accueillir ici, au Sénat, au nom de son Président, Monsieur René Monory. Il ne peut être des nôtres aujourd'hui mais il m'a demandé de vous transmettre tous les souhaits de bienvenue qu'il vous aurait formulés beaucoup mieux que je ne le fais en ce moment.

Je voudrais également saluer le dynamisme du groupe X-Environnement, qui est à l'initiative de ce colloque, et en particulier Monsieur Guérin, son Président, ainsi que tous ceux qui ont oeuvré pour que cette journée ait lieu. J'en profite pour saluer également les partenaires et M&M Conseil, dont le savoir-faire a permis de résoudre les problèmes techniques.

Je me réjouis que le groupe X-Environnement, lancé il y maintenant six ans, ait pris cette initiative. La réunion de lancement avait eu lieu en janvier 1991. Nous avions assisté à une brillante conférence de Monsieur Roqueplo sur un thème qui lui est cher : l'expertise. Cette conférence était consacrée à la question suivante : l'écologie est-elle un facteur d'unification ou de division de l'Europe ? Cette question peut paraître éloignée du thème de notre journée. En fait, il n'en est rien. Monsieur Roqueplo avait en effet souligné le rôle du contexte culturel et technologique, et notamment le rôle de la formation des ingénieurs, pour expliquer les différences d'approche entre la France et l'Allemagne.

Le contexte européen et international est important. Je ne doute pas que plusieurs intervenants nous aideront, grâce à leur expérience, à prendre du recul par rapport au seul contexte franco-français.

Le création du groupe X-Environnement démontre que les polytechniciens se préoccupent désormais non seulement du management des hommes, des entreprises et de la recherche, mais également du management de l'environnement.

C'est un thème qui me tient particulièrement à coeur. Je suis en effet en train d'élaborer un rapport dont la rédaction m'a été confiée par le Conseil de l'Europe. Ce rapport concerne l'établissement de normes internationales pour l'audit de l'impact de l'environnement des entreprises industrielles. Il permettra, après un état de la situation existante, de faire un certain nombre de propositions visant à fixer un cadre normalisé, à profiter des retours d'expériences et à fournir des moyens d'évaluation des performances environnementales.

Chacun sait qu'après le dumping social, le dumping écologique est une action qui peut perturber l'équilibre de notre continent. Je ne pense pas qu'il soit utile de donner plusieurs exemples de dumping social. En effet, celui de la marine marchande est suffisamment parlant pour comprendre les dangers qu'il y aurait à ne pas harmoniser un certain nombre de choses dans le domaine de l'environnement.

Dans cette optique, vos travaux me seront très utiles. Ils s'articulent autour de trois tables rondes. Au cours de la première table ronde, nous poserons le problème de l'expertise environnementale comme préalable indispensable à une gestion rationnelle et raisonnée des questions d'environnement. Les problèmes de société qui se posent aujourd'hui, comme l'amiante, la vache folle ou la pollution de l'air, montrent bien l'impérieuse nécessité de recourir à cette expertise. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les rapports de l'INSERM pour l'amiante ou le rapport Dormont pour l'ESB.

Pour asseoir leurs décisions sur une application adéquate du principe de précaution et expliquer et faire accepter ces décisions par l'opinion publique, il faut que les décideurs disposent d'éléments concrets.

L'environnement, interdisciplinaire par excellence, est un sujet difficile pour la communauté scientifique, laquelle doit trouver un langage commun permettant des échanges entre les disciplines. C'est pour toutes ces raisons que le Ministre de l'Environnement, Madame Corinne Lepage, a créé en septembre dernier un Comité de la prévention et de la précaution. Ce comité assume, d'une part, une fonction de veille et d'alerte sur l'ensemble des questions environnementales susceptibles d'avoir une incidence sur la santé humaine et, d'autre part, une mission d'expertise dans l'évaluation des risques liés à l'environnement en matière de santé.

La deuxième table ronde sera précisément consacrée au principe de précaution, qui a été inscrit dans la loi du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l'environnement. J'ai d'ailleurs été le rapporteur de cette loi au Sénat et Jacques Vernier, qui a accepté d'être le coprésident de cette journée, en était le rapporteur à l'Assemblée nationale.

Sur le plan pratique, cette table ronde permettra d'envisager la difficile question de la prise de décision sur des bases incertaines. En effet, l'expertise ne permettra pas de résoudre tous les problèmes. Elle devra cependant montrer, grâce à un bon usage, qu'il est possible d'associer progrès économique et protection de l'environnement, dans une approche de développement durable.

Prévention et précaution sont les deux principes essentiels du développement durable.

Lundi et mardi prochain, lors des Assises nationales du développement, Corinne Lepage présentera le projet de stratégie nationale de développement durable. Ce document est le résultat des travaux de la Commission française du développement durable, des Assises régionales, qui se sont tenues dans la quasi totalité des 26 régions françaises, et des Assises thématiques qui ont eu lieu avec les syndicats, les associations, les industriels et les administrations. À l'issue de ces Assises nationales, notre pays arrêtera une stratégie qui sera présentée et développée en mai 1997 à New-York pour le rendez-vous des Nations Unies, cinq ans après le sommet de Rio.

Durant de longues années, on a d'abord opposé puis tenté de concilier progrès économique et protection de l'environnement. Aujourd'hui, le développement durable montre qu'il y a, entre ce deux éléments, des intérêts convergents. L'environnement doit être, pour reprendre l'expression de Monsieur Roqueplo, une " force industrialisante ".

La troisième table ronde constitue l'objet principal de notre colloque. Elle permettra de tirer les enseignements des deux premières table rondes en matière de formation des ingénieurs. Je rappelle en effet que les ingénieurs et, d'une manière générale, les cadres dirigeants (qu'ils travaillent dans l'administration, dans les collectivités locales ou dans l'industrie) ont pour vocation d'imaginer et de mettre en place des solutions aux problèmes environnementaux.

Bien entendu, cette table ronde n'échappera pas au débat sur la formation spécialisée en environnement et sur la prise en compte de l'environnement dans les formations. Pour ma part, je ne crois pas qu'il faille opposer ces deux approches. Il convient plutôt de les conjuguer en fonction des besoins de notre société. Nous devrons nous pencher d'une manière plus générale sur la formation de nos concitoyens à l'environnement.

La prise en compte de l'environnement dans notre culture et nos gestes quotidiens est indispensable. Elle passe par l'intégration de l'environnement dans l'ensemble des cycles de formation, à commencer par l'école primaire. Lorsque l'on parle de déficit démocratique, il ne s'agit pas forcément d'une déficit de communication de la part de ceux qui doivent prendre les décisions. Il s'agit le plus souvent d'un déficit de connaissance des éléments constitutifs de la décision. Les citoyens ne disposent pas de cette connaissance, contrairement à ceux, individus ou assemblées, qui ont à décider.

C'est souvent là que se situe la difficulté, d'où la nécessité d'aller beaucoup plus loin dans la formation et dans l'information de manière à ce que chaque concitoyen soit vraiment partie prenante et puisse comprendre le pourquoi et le comment des choses. On sait comment faire une route mais on ne dit pas pourquoi on la fait : c'est là que se situe le problème qu'il conviendra de régler si l'on veut vivre davantage en harmonie dans notre société.

Tels sont donc les quelques propos d'ouverture que je souhaitais tenir. J'animerai et présiderai cette première séance qui comprend les interventions de Messieurs Turpin, Vialle et Blandin. Ensuite, nous commencerons la première table ronde.

Monsieur Turpin sera le premier intervenant. Il préside le comité de rédaction de la série "Responsabilités et Environnement" des Annales des Mines. Il présentera l'intégration culturelle et les enjeux industriels liés à l'environnement. De fait, la protection de l'environnement ne peut plus être considérée comme une simple question technique ou comme un simple arbitrage entre intérêts contradictoires. Il s'agit au contraire d'intégrer dans notre quotidien la culture du développement durable afin de mieux gérer l'environnement.