LE COLLOQUE AU SÉNAT

INTRODUCTION

Philippe ROQUEPLO

Directeur de Recherches au CNRS

 

En guise d'introduction, je voudrais d'abord rappeler comment est formulée la problématique de cette table ronde, car elle pose problème. "Rarement la référence scientifique a été autant sollicitée qu'à l'occasion des problèmes d'environnement. La diversité des disciplines mobilisées et l'absence d'un langage commun aux multiples acteurs conduisent à une surenchère d'arguments, alors que la démarche scientifique exige une vérification et des précautions qui semblent incompatibles avec les délais de l'action. Quelle politique faut-il développer pour renforcer et multiplier les sources de l'expertise dans son rôle d'intermédiaire entre la connaissance et la décision ?"

Ce texte pose certes clairement la problématique mais je voudrais néanmoins faire deux remarques.

Premièrement, le titre du colloque est "de l'expertise à la formation des hommes : mieux gérer l'environnement". Notre table ronde se penche sur la question de savoir comment renforcer l'expertise environnementale. Or le texte de la problématique commence par évoquer la référence scientifique. Ce passage de l'expertise à l'expertise environnementale puis à la référence scientifique laisse à penser qu'en matière d'environnement, la seule expertise à prendre en compte serait celle qui provient de la référence scientifique, comme s'il n'existait pas, par exemple, d'expertise juridique dans ce domaine.

Il faut donc faire attention car les scientifiques ont une capacité fantastique à absorber l'expertise. Il faut être clair et, dans ce colloque organisé par le groupe X-Environnement, qui se préoccupe plus de l'expertise scientifique que juridique, il sera seulement question de l'expertise scientifique. Je pense qu'il fallait le préciser dès le départ.

Deuxièmement, le texte qui présente cette table ronde évoque le rôle de l'expertise en le considérant comme un rôle "d'intermédiaire entre la connaissance et la décision". Qu'est-ce que cela signifie exactement ? J'espère que notre table ronde contribuera à répondre à cette question car elle pose un problème majeur. Il s'agit effectivement de montrer à partir des exemples précis que donneront les intervenants la façon dont les politiques ont recours aux scientifiques. Il s'agit aussi d'observer la manière dont les scientifiques s'intègrent ou ne s'intègrent pas dans les processus de décision en matière environnementale.

Le premier intervenant sera Monsieur Petit, directeur général adjoint pour la recherche à l'École Polytechnique et géophysicien de formation. Il a été directeur de la recherche et des affaires économiques et internationales au ministère de l'Environnement de 1992 à 1994. Il a également été délégué général à l'espace de 1988 à 1992. Auparavant, il était directeur de l'Institut national d'astronomie et de géophysique et directeur scientifique du département terre-océan-atmosphère-espace, de 1979 à 1985.