LE COLLOQUE AU SÉNAT

DÉBAT : RÉSUMÉ DES INTERVENTIONS



 

Monsieur CRÉPI

Je suis membre d'une association, "Eaux et rivières de Bretagne", qui étudie la qualité de l'eau en Bretagne. Je constate depuis 25 ans les problèmes liés à l'apprentissage de l'environnement et les carences de notre culture. Même si, à l'instar de Monsieur Vialle, nous gardons espoir et nous mesurons les efforts qui sont engagés dans le domaine de la connaissance, nous craignons l'absence d'éthique, les difficultés liées à la compréhension des autres.

Chacun essaie de préserver l'environnement dans une sphère, en externalisant non seulement les coûts mais aussi les conséquences. Je citerai un seul exemple, le problème de la mise en ordre des élevages industriels dans les Côtes d'Armor, qui devrait se traduire par un coût fiscal considérable (une dizaine de milliards de francs) pour le citoyen consommateur.

Personnellement, j'ai davantage confiance dans l'évolution de nos connaissances scientifiques que dans la responsabilisation des acteurs. C'est pourquoi je remercie Monsieur Blandin de nous avoir parlé d'éthique.


Paul DUCADIER

Je voudrais rebondir sur une remarque faite par Monsieur Blandin concernant la formation. Il a parlé de former des écospécialistes et des multidisciplinaristes. Il a cependant omis de mentionner une catégorie, qui doit faire l'objet d'une attention particulière : les chefs de petites et moyennes entreprises. Ils sont très importants puisque ce sont eux qui créent des emplois. La doctrine nous dit de les prendre en considération lorsque l'on définit des règles éthiques. Or on les oublie dans la mise en uvre de ces règles.

Il faut prendre en compte ces chefs d'entreprise et les former à la dimension environnement, nécessaire à la direction de leur entreprise. Ces individus disposent d'un atout majeur : ils sont par nature interdisciplinaires. Ils sont effectivement à la fois responsables de la stratégie, de la tactique et de la mise en oeuvre de la politique de leur entreprise. Je souhaiterais donc que nous nous montrions exemplaires et que nous pensions à eux.

 

Désiré DEBABLARD
Sénateur-Maire du Pas-de-Calais

Concernant les organes génétiquement modifiés, quels sont les pays qui vont renoncer à employer ce genre de matières et procédés ? La concurrence sera-t-elle égale entre ceux qui les utiliseront et les autres ? La diversité des appréciations sur ce genre de préoccupations ne va-t-elle pas conduire à des dérapages que nous ne pourrons pas contrôler si nous les laissons se développer dans le temps et l'espace ? Quelles sont les précautions à prendre ?

 

Paul VIALLE

C'est un point très important. Nous savons, par exemple, que la Chine va essayer de brûler les étapes pour passer directement à la double révolution verte et développer de grandes quantités d'organismes génétiquement modifiés. Les barrières mondiales risquent alors d'être inopérantes.

Je ne dispose évidemment d'aucune solution miracle pour résoudre ce problème très important. Quelle que soit la position française ou européenne, une chose est sûre : l'évolution sur ce point est rapide dans un certain nombre de pays étrangers, à tort ou à raison d'ailleurs.

On pourrait d'ailleurs établir un parallèle avec le siècle dernier et ce qui s'est passé dans le domaine de la chimie. La France a joué la carte des colorants naturels alors que l'Allemagne a privilégié les colorants artificiels et a bâti toute son industrie chimique sur ces produits. Un siècle plus tard, nous sommes encore dominés par l'industrie chimique allemande...

Aujourd'hui, en matière de biotechnologie, nous adoptons des positions prudentes. Or j'ai été surpris de constater que dans un pays où les mouvements écologistes sont aussi forts qu'en Allemagne, le Ministre de la Recherche et le Chancelier Kohl avaient pris position en faveur des biotechnologies. Rétrospectivement, je réfléchis à la position adoptée par la France au XIXème siècle et à celle qui doit être la nôtre face aux enjeux actuels.

Dans ce domaine plus que dans tout autre, il faut que les scientifiques puissent, non pas choisir, mais proposer aux politiques une gamme de réponses adaptées. La décision appartient aux politiques. L'enjeu est très important puisque partout dans le monde on est en train aujourd'hui de breveter un nombre très élevé de gènes qui risquent de verrouiller un certain nombre de positions.

 

Monsieur MORTIER
Enseignant en écologie

Comme le disait Monsieur Blandin, il y a davantage aujourd'hui de laboratoires de recherche en biologie moléculaire que de laboratoires de recherche en botanique ou en zoologie...

Ne serait-il pas utile de créer une discipline nouvelle pour les collèges et les lycées ? Il s'agirait d'un enseignement concernant le développement durable, une sorte d'éducation civique.


Patrick BLANDIN

J'avoue ne pas très bien savoir ce qu'est le développement durable. J'ai un jour reçu deux étudiantes en troisième cycle d'économie qui sont venues me demander de leur donner des idées pour trouver des indicateurs biologiques de développement durable. Elles m'ont dit que les économistes affirmaient qu'il y avait au moins 66 modèles de développement durable. Je leur ai répondu de choisir d'abord un modèle avant de donner une réponse.

Il faut former des citoyens responsables et ouverts aux problèmes des autres sociétés. On discute souvent de la place de l'environnement dans l'enseignement. Faut-il en faire une discipline à part entière ou bien faire en sorte que les autres disciplines comme l'histoire ou les mathématiques parlent d'environnement ? C'est un débat utile.

C'est la formation à la nature au sens large qui manque. La physique, la chimie, la biologie, l'écologie sont des sciences de la nature et cette culture nous fait défaut, notamment en raison de l'urbanisation de notre civilisation. Les professeurs n'ont guère les moyens d'emmener leurs élèves à la campagne. C'est pourtant au contact avec la nature qu'il faut revenir, en adoptant un esprit cependant différent de celui d'autrefois. Il faut montrer comment ces sciences, davantage systémiques qu'autrefois, contribuent à nous faire mieux comprendre notre environnement.

Concernant les chefs d'entreprise, il ne suffit pas que chacun dans son métier développe une facette environnement. Il faut que chacun soit ouvert aux problèmes d'environnement dans sa formation d'homme et de femme. Ensuite, les acquisitions disciplinaires indispensables prendront naturellement place, dans le cadre d'une aptitude à l'interdisciplinarité préparée par la formation initiale.

 

Michel TURPIN

A chaque fois que l'on parle de notions nouvelles et le développement durable en est une, la première réaction du monde de l'enseignement consiste à dire qu'il faut créer une nouvelle discipline. Ce n'est pas pour moi une bonne solution. Je suis d'accord avec ce que vient de dire Monsieur Blandin. Il nous faut revenir à l'enseignement d'un certain nombre de valeurs de base, transmettre des connaissances - elles sont toujours valables - sur des sciences fondamentales ainsi que d'autres valeurs relatives à la philosophie, à l'éthique et à la culture.

Vous avez dit, Monsieur Blandin, que l'on veut que la Terre soit belle. Si tel est le cas, alors il est sans doute plus important d'apprendre aux gens à juger de l'esthétique que de leur apprendre ce qu'est le développement durable.