LE COLLOQUE AU SÉNAT

L'EFFORT DES SOCIÉTÉS CONCESSIONNAIRES D'AUTOROUTES

Michel BURDEAU
Délégué général de l'ASFA


Les sociétés concessionnaires d'autoroutes à péage, au nombre de huit en France, ont principalement deux rôles : d'une part, elles exploitent et entretiennent le réseau existant ; d'autre part, elles ont la charge du financement et de la construction du réseau. Ce sont deux métiers différents. Le réseau actuel est long d'environ 6 500 kilomètres. Aux termes du schéma directeur d'avril 1992, il est prévu d'étendre ce réseau d'environ 2 500 kilomètres sur les deux années à venir.

Tout cela crée évidemment une responsabilité forte en matière d'environnement. À tous les stades du développement du projet autoroutier, la dimension environnementale est présente. Cela a naturellement des conséquences humaines, que je vais m'efforcer de mettre en lumière.

 

La préoccupation environnementale est présente dès l'origine du projet

Dès que le projet germe, la préoccupation environnementale existe sous tous ses aspects. On s'inquiète d'emblée de l'impact paysager du projet, des questions relatives à l'eau, au bruit, à la flore, à la faune, à la pollution, etc. On retrouve ces préoccupations aux trois principaux stades de la vie des autoroutes, qui sont leur conception, leur construction et leur exploitation.

On fait toujours appel, directement ou indirectement, à des spécialistes, ou au moins à des personnes dont la compétence comporte une spécificité environnementale assez forte. Actuellement, les sociétés concessionnaires emploient 13.000 personnes. Elles ont toutes un responsable environnement, qui est le plus souvent un généraliste, et comptent parfois dans leurs rangs, pour les plus grosses d'entre elles, des spécialistes. Tout cela contribue clairement à rendre plus présente l'attention à l'environnement dans l'entreprise et même au-delà.

 

La conception des autoroutes

Lorsque les premières études, les premiers tracés sont réalisés, on réfléchit d'emblée à la meilleure insertion de l'autoroute dans le paysage, compte tenu des contraintes technique existantes et d'un parti pris paysager. On nous dit trop souvent que l'autoroute est une simple construction, alors qu'elle peut être, elle aussi, une création paysagère originale.

Il est fait appel à ce stade à toutes les disciplines : l'informatique détermine comment optimiser les déblais et les remblais, à partir de calculs automatiques de tracés. Il est également fait recours aux images de synthèse, qui nous aident à corriger les imperfections du projet, et qui servent aussi de base pour un éventuel dialogue en cas de concertation. Je tiens à insister sur cet aspect participatif, qui est selon moi essentiel à ce premier niveau de la vie du projet. Il faut dès le départ le faire admettre aux personnes qu'il va toucher.

Cette première étape s'achève précisément quand le projet est vraiment accepté. Des intervenants politiques participent à l'élaboration de ce consensus.

 

La construction de l'autoroute

Vous seriez sans doute étonnés si vous lisiez la liste exhaustive des disciplines auxquelles nous avons recours lors de cette deuxième étape. Sont consultés par exemple des spécialistes d'ouvrages pour batraciens, des spécialistes du génie végétal, qui s'inquiètent de la préservation d'une espèce de fleur

Les deux aspects les plus fondamentaux, ceux qui retiennent le plus notre attention, sont en réalité l'eau et le bruit. Nous avons vraiment besoin d'experts qui soient capables de pénétrer les arcanes de la réglementation, mais aussi d'analyser les faits de manière sensible. Il est parfois facile de produire des monstres en se réfugiant derrière le règlement. Les exigences réglementaires existantes dans le domaine de l'eau méritent la plupart du temps d'être adaptées aux circonstances particulières. Il faut vraiment s'efforcer d'avoir une approche enrichissante du problème.

L'eau nous pose des problèmes particuliers. L'usage normal de l'autoroute crée en effet une pollution chronique, les eaux de pluies étant balayées, mais il existe aussi des cas de pollution accidentelle. Nous faisons appel aux meilleurs spécialistes pour traiter ces questions.

Il est essentiel de souligner que, si les sociétés d'autoroutes ne se sont pas vraiment rendues expertes dans tous les domaines, leur capacité à dominer les problématiques environ-nementales entre malgré tout de plus en plus fortement en ligne de compte dans les critères de sélection mis en oeuvre par la puissance publique pour l'attribution des marchés. Les entreprises sont donc amenées à renforcer leurs compétences dans ce domaine.

 

L'exploitation de l'autoroute

Tout ne se termine pas avec la mise en service de l'autoroute. Un soin énorme est apporté à l'étude de tous les phénomènes liés à l'usage de l'autoroute. Les chercheurs s'appliquent à analyser les faits naturels nouveaux observables sur les 30.000 hectares de parc autoroutier. Toute une diversité biologique se révèle en effet à ce moment. 12.000 espèces végétales et beaucoup d'espèces animales sont ainsi suivies attentivement, en lien avec les observatoires de l'environnement. Cela aide à mesurer, en liaison avec des universitaires, l'impact à court, moyen et long terme de la présence et de l'exploitation des autoroutes.

 

Conclusion : le recrutement de spécialistes

Le secteur autoroutier utilise et recrute des spécialistes ou certains généralistes ayant une vocation pour l'environnement. Nos principaux domaines d'intérêt sont l'eau, l'archéologie et les plantations. Sachez en effet que l'archéologie pèse de plus en plus lourd sur l'avenir de notre activité. Il est souvent rentable pour les sociétés d'autoroute d'employer une personne qui soit capable de dialoguer avec l'administration à ce sujet.

Pour le reste, nous nous efforçons, autant que faire se peut, de répondre aux questions essentielles en développant des formations, soit en interne, soit par des effets induits.